#1 22-07-2009 22:34:54

fred1383
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Etape du Tour 2009 Montélimar - Mont Ventoux

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L'Etape du Tour, tous les ans, c'est l'assurance pour la ville de départ de retombées économiques très importantes. C'est aussi l'assurance pour les cyclistes de participer à une épreuve unique (et accessoirement de réfléchir à des problèmes logistiques pas toujours simple à régler, notamment l'hébergement).
Cette année, pour la 17° édition, c'est une étape de choix qui a été retenue, celle qui scellera les résultats du Tour de France la veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées, à savoir Montélimar - Mont Ventoux.
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Un nombre record de 9500 participants a été retenu pour venir défier le Géant de Provence. Si le Mont Ventoux est mythique, ce ne sera en revanche cette année que la huitième arrivée au sommet lors d'un Tour de France (et la quatorzième fois que le mont Chauve est franchi par le Tour).
Mais la difficulté unique de l'ascension (plus de 20 km à 7,5 % de moyenne avec de nombreux passages avec une pente à 10 %), les conditions climatiques (chaleur, mais aussi vent violent et froid extrême alors que dans la vallée du Rhône règne la canicule) et le décès en 1967 à 2 kilomètres du sommet du coureur anglais Tom Simpson ont permis de faire sa légende.
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A propos du Géant de Provence, Jacques Goddet, directeur général du Tour pendant près de 40 ans, écrit : "Le Ventoux est là pour interdire le répit, pour maintenir le climat d'angoisse et d'incertitude. Et pour établir les vraies hiérarchies en sondant aux moments les plus opportuns les âmes et les esprits, comme les mollets et les reins."
Montélimar, capitale du nougat, accueille donc cette étape du tour et devient momentanément la capitale du vélo. Si Monsieur le Maire de Montélimar se félicite des retombées économiques, avec des hébergements complets d'Avignon à Valence, peut-être n'a-t-il pas réellement conscience des difficultés que cela représente de loger à plus de 50 km du départ, d'être sur la ligne de départ avant 6 h 30 et de ne pas arriver sur le même lieu que le lieu de départ. Des villes comme Limoges ou Foix par exemple avait été plus pragmatiques en demandant l'appui de la population locale et avec des hébergements collectifs.
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Le village de départ avait envahi le quartier Saint-Martin, à deux pas du centre-ville. Comme toujours, les étrangers sont présents en nombre. Il suffit de tendre l'oreille ici ou là pour s'en convaincre très rapidement. Au niveau du village, tous les renseignements sur le lieu de départ, le lieu d'arrivée, le parcours,... sont disponibles. Les exposants en nombre permettent par exemple de découvrir des produits locaux, des guides touristiques sur la Drome Provençale et le Vaucluse, d'admirer des vélos (Trek, Look, Lapierre,...), de faire son choix de produits énergétiques (Overstims,...), de refaire sa garde-robe de cuissards ou maillots, de profiter des compétences et du savoir-faire de Mavic,...
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Un système de navette permet d'amener la veille, le dimanche 19 juillet, sa voiture à Malaucène (et non au Mont Serein comme prévu initialement) et de revenir à Montélimar. Une tombola permet à d'heureux gagnant de remporter de nombreux lots, avec notamment des maillots blancs du Tour remis par le champion de France Dimitri Champion, des paires de roues, un vélo Trek (mais réservé uniquement à ceux qui avaient mis un bulletin de participation au stand Trek) et enfin le suivi de cette même étape du Tour le samedi 25 juillet, dans une voiture d'assistance. Et la tombola enchaîne sur une pasta party avant les réjouissances du lendemain.
Comme prévu, la matin du 20 juillet, c'est un temps radieux et sans mistral qui s'annonce. Un bien grand contraste avec l'année 2000 où l'Etape du Tour Carpentras-Mont Ventoux s'était achevée avec des températures proches de 0°C au sommet, de la grêle et un taux d'abandon de près de 40% avec la fermeture du Ventoux devant ces conditions. En 2009, c'est plutôt de la chaleur qu'il faudra se méfier.
Parmi les participants, de nombreux personnalités : Dimitri Champion, le sextuple maillot vert du Tour Erik Zabel, Florian Rousseau, Laurent Brochard, Alain Prost, Antoine Deneriaz, Cédric Vasseur, Steven Rooks, Christophe Agnuletto,... Départ à 7 h pour les premiers, en route pour 170 km et 3600 mètres de dénivelée.
170 km de routes entièrement privatisées, avec de nombreux encouragements sur le bord de la route tout le long du parcours, bref un véritable air de tour de France. Vu le nombre de participants (9500 inscrits mais 8500 partants), un peu plus de 30 minutes est nécessaire pour que l'ensemble des concurrents s'élancent devant un public conséquent.
Les 50 premiers kilomètres du parcours sont assez roulants, avec une petite mise en jambe grâce à la côte de la Citelle (428 m) franchie au bout de 14 km et un profil légèrement montant jusqu'à Rousset-les-Vignes (km 31). Après la première petite ascension de la Côte de la Citelle (3° catégorie), c'est l'occasion d'une première descente et des premières chutes. Difficile cohabitation entre les kamikazes, les cyclistes descendant normalement (à une vitesse décente et en gardant leur ligne) et les cyclistes semblant monter pour la première fois sur un vélo dans une descente, hésitant, zigzaguant, au ralenti...
Assez vite, à l'approche de Nyons, apparaît sa majesté le Ventoux, trônant et toisant les monts et vallées alentours. La vue de cet Olympe du Midi restera présente pendant une bonne partie du parcours comme si ce Petit Kilimandjaro aimait à se faire admirer (ou se faire craindre), laissant le temps au cycliste de réfléchir sur la déraison de son entreprise.

lavande2.jpg Après Nyons est franchi le col d'Ey (718 m, km 66) classé en 3° catégorie, un col régulier, avec ses champs de lavande au sein de paysages magnifiques. La descente mérite toutes les attentions avec quelques virages très serrés qui nous amène à Buis-les-Baronnies et au premier ravitaillement. La prudence recommande un petit arrêt, même bref, mais certains cyclistes semblent pressés d'en découdre avec le Fuji-Yama Provençal et tracent tout droit. Direction, le col de Fontaube (630m, km 87) classé en 4° catégorie et le col des Aires, qui va permettre de faire une première petite incursion dans le département du Vaucluse.
La chaleur commence alors doucement à s'installer en cette belle journée estivale. C'est alors que la face Nord du Ventoux, abrupte, surplombe les cyclosportifs. La route contourne alors le Mont Chauve par l'Est, vers Aurel puis Sault, pour l'avant-dernière ascension de la journée, le col des Abeilles (996 m, 121,5 km) classé en 3° catégorie. Un col qui permet, d'affronter pour la première fois, pendant de courts passages, des pourcentages approchant les 10 %. La descente, elle, est un régal : une route large, avec un bon revêtement, qui permet de tenir sans aucun effort une moyenne supérieure à 60 km/h, avec des pointes de vitesse pouvant être bien supérieures.
Un passage dans Villes-sur-Auzon permet de se rappeler, pour celui qui a le calendrier cyclosportif en tête, que c'est ici que se déroulera le dimanche 6 septembre la cyclosportive des Routes du Ventoux (avec une ascension côté Malaucène). Le contournement du Ventoux continue jusqu'à Bedoin. Et soudain un doute. Qui rôde autour de qui ? Est-ce les cyclistes qui rôdent autour du Mont Chauve de peur de l'affronter ou ne serait-ce pas le Ventoux qui, tel un prédateur, tourne autour de ses proies, comme pour mieux les attaquer. Chacun trouvera sa réponse par la suite.

bedoin.jpg Bedoin, dernier ravitaillement, l'occasion ou jamais de faire le plein de solide et liquide. Le panneau annonçant "arrivée à 20 km" n'est pas loin. Déjà 150 km et 2000 m de dénivelée au compteur, des chiffres de bonne facture pour nombre de cyclosportives actuelles. "Arrivée à 20 km", un panneau également qui, généralement, nous signale que le gros du parcours est fait, que l'arrivée est proche et que c'est presque fini. Oui, mais non. Pas là. Pas ici, ou du moins pas pour ceux qui sont au-delà des premiers du classement de l'épreuve. Rien n'est fait. Tout reste à faire. Déjà, bien avant Bedoin, sur les portions plates, le rythme de pédalage et l'allure des cyclistes étaient inhabituellement calmes. Chacun rassemble ses forces pour se préparer à l'affrontement, en espérant sortir vainqueur de cette bataille avec cette légende et ce mythe.

ventoux2.jpg 6 kilomètres avec une pente moyenne inférieure à 5% nous éloigne de Bedoin et nous amène du virage de Saint-Estève. Un virage bien particulier, car c'est alors que tout s'accélère, que les chiffres s'affolent : 8,5%, 10%, 10,5%, 9,5%, 9,5%, 10%, 9%, 9%, 8,5%. Voilà les pourcentages moyens des 9 km qui suivent le virage de Saint-Estève.
Tout s'accélère...enfin pas vraiment tout. En tout cas pas la vitesse des cyclistes ni le rythme de pédalage, mais le rythme cardiaque et les coups de chaud sûrement. Car malgré la présence de la forêt, le soleil au zénith (ou pas loin du zénith) laisse peu de place à l'ombre. L'ascension est donc rude, et les panneaux annonçant l'approche du Chalet Reynard semblent pour certains de plus en plus espacés. De nombreux concurrents choisissent alors une pratique différente du vélo : dans le meilleur des cas, c'est la marche à pied, vélo à la main, ou sinon une halte à l'ombre (en position débout, assis, voire couché). Des voitures de secouristes s'affairent. Certains semblent au bout du malaise et ont sans aucun doute approché de trop près leurs limites.

ventoux3.jpg Le long de la montée de nombreux campings cars sont présents, certains ayant sans doute pris possession des lieux dans l'attente du samedi 25 juillet et du passage des coureurs professionnels. Les encouragements fusent. Tout de même, ce qu'ils semblent bien ces gens, allongés dans leurs fauteuils et chaises longues, boissons fraîches à proximité. C'est dans ces moments là que les pensées du cycliste se bousculent. Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas faire comme eux plutôt que de se lancer dans de telles expéditions vélocypédiques ? Mais bah, nous aurons bien tout le temps d'y repenser après. Après quoi ? Après l'arrivée au sommet du Ventoux. Avant cela, l'objectif intermédiaire est de rallier le Chalet Reynard, point de ravitaillement liquide, et lieu d'accalmie des hostilités. Si le ravitaillement liquide du Chalet Reynard a du succès, le bar qui fait face au ravitaillement est aussi prisé. Les canettes de Coca-Cola sont en effet recherchées, telles une potion magique pour pouvoir affronter les 6 derniers kilomètres d'ascension. C'est qu'il se murmure que Panoramix serait dans les parages, alors comme tout le monde n'est pas tombé dedans lorsqu'il était petit...

ventoux4.jpg La fin de l'ascension, souvent redoutée avec son aspect dénudé et rocailleux qui peut être une vraie fournaise, est ici une vrai oasis de fraicheur, avec un vent que l'on accueille avec délectation. Le profil moins régulier et aussi moins pentu (excepté certains passages et le dernier kilomètre) peut redonner des forces d'autant plus que la célèbre antenne de l'Olympe du Midi se rapproche de plus en plus, avec entre temps un passage devant la stèle de Tom Simpson.
Le vainqueur, Dimitri Champion, bouclera le parcours de 5h11, avec sans doute beaucoup moins d'état d'âmes que tout ce qui précède. Laurent Brochard : 5h24. Steven Rooks : 6h02. Christophe Agnolutto : 6h06. Alain Prost : 6h17. Erik Zabel : 6h49. Florian Rousseau : 7h13. Antoine Deneriaz : 7h11. La première femme : 5h47. Et les derniers classés : un peu plus de 11h, mais avec un mérite aussi important car nul doute qu'ils sont allés au bout de leurs possibilités. 7396 concurrents ont franchi la ligne d'arrivée.
La ligne d'arrivée franchie, chacun peut profiter du panorama exceptionnel que délivre le Ventoux sur les chaînes alpines et les montagnes provençales, avant de redescendre vers la station du Mont Serein pour se restaurer un peu.
A noter que cette année, un effort particulier a été effectué vis-à-vis de la protection de l'environnement avec la mise en place en de nombreux points du parcours de "zones de jettage de déchets", invitant donc les concurrents à ne se débarrasser de leurs déchets uniquement dans ces zones, et pas un peu partout de façon sauvage sur le parcours. Cela n'a pas empêché de voir ici ou là, en dehors des zones réservées, des déchets cyclistes sur la route (dans le bénéfice du doute, peut-être étaient-ils accidentelles, mais rien n'est moins sûr). Heureusement que le mistral ne soufflait pas, car je n'imagine pas (ou plutôt si) ce que ces zones spéciales déchets auraient données. Des "zones déchets" sans doute présentes en trop grand nombre et qui brouillent le message de "rouler propre, ne pas jeter". A voir certains cyclistes gesticuler dans tous les sens pour aller chercher au tréfond de leur poche le bout de papier qu'il pourrait bien jeter, on se demande à quoi cela rime. A la limite quelques zones bien spécifiques uniquement pour les bouteilles d'eau suffisent (encore que les poubelles du ravitaillement suivant feraient bien l'affaire). En revanche, les poches poubelles au niveau des sas de départ, si elles étaient présentes, étaient bien trop rares et trop espacées.

Il n'en reste pas moins que cette étape du tour fut une bien belle réussite. En attendant la prochaine en 2010 : Alpes ? Pyrénées ? peut-être les Pyrénées où de grandes étapes sont annoncées ? ou alors un retour vers le Massif Central peut-être, la dernière incursion datant de 2004 avec les 240 km de Limoges-Saint-Flour... Réponse le 14 octobre 2009.

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